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Forum
sur les politiques
Cette
section offrira aux membres un moyen d'exprimer
leurs opinions et commentaires sur les grands sujets
de politique découlant de l'activité
internationale en cours, et permettra à l'ACMAR
de publier toute position qu'elle arrêterait
sur ces mêmes sujets.
L'avenir
du Service exterieur
I was disappointed, but not surprised
by the tone of the speech offered at today's luncheon
(July 20,2005). Our speaker seemed focussed almost
exclusively on process rather than content, and to
harbour an inaccurate and out-dated view of the
Foreign Service, for a significant part of which he
bears line responsibility. I feel we, and our younger
colleagues still serving in their respective trenches,
have a major educational role to play in educating the
senior managers about the human resources they are
managing, the functions they fulfill and their
capabilities. Unfortunately Canada will not be
well-served, and the Foreign Service will not be able
to deliver its optimum performance if its own managers
are not aware of and completely supportive of the
absolutel necessity of having an experienced,
professional Foreign Service provided with the
necessary resources to carry out the crucial role only
they can play
Jim Elliott
Lettre aux ministres de Marc Faguy, présidient du groupe de direction de L'ACMAR au sujet de service extérieur canadien de December 14, 20004
Le 1er décembre 2004
Mesdames et Messieurs les Ministres,
L’Association des chefs de mission à la retraite (RHOMA/ACMAR) se compose d’environ 270 anciens ambassadeurs, hauts-commissaires et consuls généraux du Canada. Elle a été constituée en 1987, et le ministère des Affaires étrangères (MAE) la connaît déjà fort bien, car nous collaborons avec nos anciens collègues à un certain nombre de questions d’intérêt commun. En outre, étant tous d’anciens diplomates et fonctionnaires des ministères des Affaires étrangères, du Commerce international, de l’Immigration ainsi que de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), il va de soi que les affaires internationales continuent de nous tenir grandement à cœur. Je me dois toutefois d’ajouter que l’un des principes directeurs que l’ACMAR a adoptés dès le départ a été celui d’appuyer plutôt que de critiquer le MAE. Nous sommes parfaitement conscients qu’il appartient au gouvernement du moment d’établir les paramètres de la politique étrangère du pays.
L’objet principal de notre lettre est d’exprimer la vive inquiétude de l’Association au sujet de l’avenir du Service extérieur du Canada qui, nous le craignons, est en voie d’être progressivement démantelé. Notre Association croit fermement qu’il serait catastrophique que la tendance actuelle se maintienne, car nous sommes convaincus que la conduite efficace de la politique étrangère du Canada requière l’existence d’un service diplomatique ou extérieur aguerri et hautement professionnel. Nos principaux partenaires sur la scène mondiale possèdent de tels services diplomatiques, et le Canada ne devrait pas faire exception. De fait, depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons réussi à bâtir l’un des meilleurs et des plus efficaces services extérieurs qui soient au monde, et il est important que ceci continue.
Malheureusement, il semble qu’une vision simpliste de la mondialisation et du monde se soit implantée au pays et vienne compromettre la notion même de corps diplomatique professionnel. Il ne s’agit pas ici de déplorer le fait que la fonction de diplomate soit peu populaire auprès des Canadiens et Canadiennes, mais bel et bien de contester l’idée qui, nous le craignons, se répand selon laquelle le gouvernement du Canada ne considère plus comme nécessaire ou prioritaire le recrutement, la formation et le renforcement de notre Service extérieur. Nous reconnaissons que le Service extérieur canadien, dans sa forme actuelle, a peut-être besoin d’être repensé, mais cela doit se faire adéquatement et en visant à le renforcer et non pas à le diluer. Sans quoi, le Canada perdra rapidement un outil essentiel de gouvernement.
Mettre en doute l’avenir du Service extérieur canadien pourrait sembler alarmiste à certains, mais cette évaluation repose sur des développements récents et d’autres, beaucoup plus lointains. En voici quelques-uns :
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D’abord et avant tout, nous avons été témoins de la rapide érosion de l’idée même d’un service extérieur professionnel de carrière. Cette orientation est sans équivoque et, selon nous, elle s’est amorcée il y a bien des années par l’abandon progressif de la politique de « permutabilité » du ministère, même au sein du Service extérieur. Cette politique obligeait notamment les agents FS à aller régulièrement en affectations à l’étranger. Déjà, durant les années 1970, le ministère des Affaires extérieures accordait à ses propres agents trop de latitude pour ce qui était d’accepter ou de refuser des affectations à l’étranger. Les raisons d’un tel état de choses étaient peut-être valables, par exemple, des raisons d’ordre familial comme les carrières des conjoints et conjointes, les études des enfants, etc. Quelle qu’en ait été la cause, bonne ou mauvaise, la direction du ministère des Affaires extérieures a, pendant plusieurs années, failli à la tâche d’appliquer cette politique de «permutabilité», ce qui a très largement ouvert la voie à des décisions de dotation ad hoc et notamment à un nombre croissant d’affectations uniques et de mutation latérales au sein du Servie extérieur canadien. Ces développements ont miné le fondement même du Service extérieur. Je me dois de souligner ici que nous ne nous opposons pas à toutes les affectations uniques et entrées latérales, mais que celles-ci devraient constituer l’exception et non la règle, comme cela semble le cas à l’heure actuelle.
Par exemple, le MAE a récemment annoncé qu’il avait l’intention de tenir un exercice d’entrées latérales dans le Service extérieur aux niveaux FS-2 et EX. Le Service extérieur comprend trois grandes filières – politique, commerce et immigration –, mais le tiers du programme d’immigration du Canada est déjà exécuté par des fonctionnaires intérieurs. En outre, de plus en plus de postes de délégués commerciaux sont dotés par la voie des d’affectations uniques, et le MAE vient d’annoncer qu’il avait décidé de rendre plusieurs postes de chefs de mission accessibles à l’ensemble de la fonction publique. Chacune de ces mesures constitue en soi un grave désincitatif à la fois pour les recrues du Service extérieur et pour les agents expérimentés et donc une menace à la survie d’un Service extérieur professionnel de carrière. La séparation du Ministère du Commerce international et des Affaires étrangères, il y a un an, se veut un autre exemple de mesure qui ne peut qu’affaiblir le Service extérieur et rendre sa gestion encore plus incohérente.
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Un deuxième point crucial à noter est le fait que le processus de recrutement d’agents FS s’est fortement détérioré au cours des 15 dernières années. La revue des programmes du début des années 1990 et les compressions budgétaires qui ont suivi ont gravement miné le Service extérieur. Résultat direct : on a recruté trop peu d’agents FS, et un grave problème de maintien des effectifs s’est posé. Le problème était attribuable dans une large mesure au fait que les conditions d’admissibilité changeaient constamment, notamment les exigences relatives aux études et à la connaissance des langues. Jusqu’à tout récemment, des diplômes d’études supérieures étaient exigés. L’année dernière, des diplômes d’études universitaires de premier cycle suffisaient. En outre, les campagnes de recrutement d’agents FS n’étaient pas lancées régulièrement et les plus récents examens FS, quoique faisant l’objet d’une concurrence acharnée, ne cherchaient aucunement à établir les qualités ou l’intérêt des candidats en matière d’affaires internationales. Au contraire, on semble avoir mis l’accent, depuis quelques années, sur le recrutement de candidats « interchangeables » entre la fonction publique et le Service extérieur. Ces divers développements ou mesures ont tous eu tendance à nier la nécessité même d’un Service extérieur professionnel de carrière.
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Une dernière préoccupation a trait aux conditions d’emploi des agents FS canadiens qui se sont grandement détériorées par rapport à celles de la fonction publique intérieure du Canada et de leurs collègues d’autres pays. Selon une étude sur la rémunération menée par PricewaterhouseCoopers, les agents du Service extérieur canadien figurent parmi les moins bien rémunérés en comparaison des autres groupes professionnels de la fonction publique du Canada. De même, le Canada occupe le 12e rang (et se trouve ainsi dans le dernier quartile) sur 16 pays, y compris les É.-U. et le R.-U., au plan des salaires. Ici encore, cette situation aboutit à une érosion constante de notre Service extérieur.
En conclusion, il existe un consensus très large au sein de notre Association qu’il faut de toute urgence se pencher l’état de santé de notre Service extérieur. Nous estimons que la situation actuelle est extrêmement inquiétant car elle semble évoluer au gré du hazard que soit sans prise une vue globale des graves problèmes ou difficultés qui se posent pour le Service extérieur et sans que soit reconnue la nécessité d’un service diplomatique hautement professionnel. Il se pourrait qu’une réforme du Service extérieur du Canada s’impose sur une base plus large car de plus en plus de ministères du gouvernement s’occupent de questions liées aux affaires internationales. De toute évidence, selon l’ACMAR, il faut sans délai examiner attentivement comment doit fonctionner un Service extérieur moderne et efficace si l’on veut se donner quelques chances de redresser une situation qui dégénère rapidement.
Nous sommes convaincus qu’il est possible de rétablir la situation. Pour ce faire, nous voudrions proposer, pour fins d’examen, les point suivants qui, d’après nous, permettraient au Service extérieur de jouer pleinement son rôle d’outil essentiel de la politique étrangère du gouvernement. Les voici :
I) Le rétablissement d’un processus de recrutement tout à fait séparé pour les agents du Service extérieur, mettant l’accent sur des candidats hautement qualifiés qui s’intéressent expressément aux affaires internationales et qui sont disposés à envisager une carrière à long terme à l’étranger. Le processus serait distinct du recrutement pour l’ensemble de la fonction publique. Il y a lieu de signaler que la jeunesse du pays continue de manifester beaucoup d’intérêt pour une carrière dans le Service extérieur. Sept mille (7 000) personnes se sont engagés dans la compétition lors de la dernière campagne de recrutement du Service extérieur. Les examens, ces dernières années, ne visaient malheureusement pas à recruter des candidats qui s’étaient préparés ou étaient intéressés par le domaine des affaires internationales. En outre, le nombre de candidats embauchés a été trop faible, à cause en particulier dses compressions budgétaires.
II) Il est essentiel de réexaminer la politique de « permutabilité ». Un Service extérieur professionnel de carrière ne saurait survivre aux politiques actuelles d’affectations uniques et de mutations latérales. Le gouvernement ne peut pas, d’une part, recruter des agents FS au moyen d’un processus extrêmement concurrentiel, obliger ces mêmes recrues FS à vivre dans des conditions difficiles et, d’autre part, ouvrir rendre simultanément un grand nombre de postes FS accessibles à des non membres du Service extérieur qui n’ont pas à se soumettre aux mêmes règles. Encore une fois nous reconnaissons qu’il y a place à l’occasion pour des affectations uniques (y compris des nominations politiques) et à des mutations latérales, mais celles-ci doivent demeurer l’exception et non pas devenir la règle.
III) Les conditions d’emploi et les perspectives d’avancement ou de promotion doivent correspondre aux qualités exigeantes du processus de recrutement et aux conditions souvent difficiles de la vie à l’étranger. Le monde a changé. L’emploi des conjoints et les études des enfants sont devenus des questions cruciales dont il faut tenir compte, en particulier dans la perspective d’affectations multiples à l’étranger. Le gouvernement du Canada doit offrir son soutien en conséquence s’il veut que le Service extérieur reste un solide et efficace instrument de sa politique étrangère.
IV) Des mesures législatives spéciales s’imposeront pour donner suite à la décision de séparer le ministère du Commerce international du ministère des Affaires étrangères. Il pourrait encore être possible de revenir sur cette décision. La fusion controversée des Affaires extérieures et du Commerce, en 1982, s’est soldée par l’un des réalignements de responsabilités les mieux réussis au sein de la fonction publique du Canada. Dans ses vastes consultations sur la question, l’ACMAR n’a encore rien entendu qui explique les raisons et le bien-fondé de la décision. Il y a beaucoup à perdre à défaire l’intégration réussie de ces deux secteurs cruciaux de la politique étrangère du Canada.
Bref, notre Association espère qu’il sera possible, à vous mêmes et à vos collègues du Cabinet qui assumez des responsabilités spéciales relatives aux programmes internationaux du Canada de vous pencher rapidement sur la situation précaire dans laquelle le Service extérieur canadien se trouve actuellement. J’envoie copie de la présente lettre au président du Conseil du Trésor et à la présidente de la Commission de la fonction publique. En outre, l’ACMAR communiquera avec le Comité permanent des affaires étrangères qui reprendra bientôt l’examen de la Revue de la politique internationale du Canada, afin qu’il puisse tenir compte de nos préoccupations.
Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les Ministres, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Le président,
Marc Faguy
L’honorable Pierre Pettigrew
Ministre des Affaires étrangères
Affaires étrangères Canada
125, promenade Sussex
Ottawa (Ontario) K1A 0G2 |
L’honorable James Scott Peterson
Ministre du Commerce international
Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6 |
L’honorable Judy Sgro
Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration
Citoyenneté et Immigration Canada
365, avenue Laurier Ouest, 21e étage
Ottawa (Ontario) K1A 1L1 |
L’honorable Aileen Carroll
Ministre de la Coopération internationale
Cabinet de la ministre
200, promenade du Portage
Gatineau (Québec) K1A 0G4 |
Dernière mise à jour :
le 10 août
2005
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